Les six candidats à la mairie de Lille présentent des visions divergentes sur la sécurité. Alors que certains prônent une police renforcée et armée, d'autres privilégient une approche axée sur la médiation et le dialogue, illustrant ainsi une polarisation marquée dans le débat sécuritaire.
Armement de la police, vidéosurveillance, prévention : les six candidats à la mairie de Lille affichent des visions radicalement opposées sur la sécurité, révélant des fractures politiques profondes à quelques semaines du scrutin.
Des effectifs en hausse pour tout le monde.
Sur un point au moins, les six candidats s’accordent : la police municipale doit être renforcée. Arnaud Deslandes promet 50 agents supplémentaires pour atteindre 220 policiers d’ici 2032. Violette Spillebout et Matthieu Valet visent tous deux les 250 agents, en recrutant respectivement 100 et 70 fonctionnaires supplémentaires. Louis Delemer défend lui aussi un renforcement significatif. Stéphane Baly fixe un ratio cible d’un policier municipal pour 1 000 habitants, soit environ 240 agents. Lahouaria Addouche, quant à elle, veut multiplier médiateurs et éducateurs, et « refonder la police municipale de la cave au grenier » en priorité sur le dialogue et la désescalade.
Armement : la ligne de fracture.
L’armement létal de la police municipale cristallise le clivage politique le plus nettement. Spillebout, Delemer et Valet y sont favorables, le présentant comme une nécessité pour garantir la sécurité des agents et leur capacité d’intervention immédiate. Addouche s’y oppose catégoriquement : sa police municipale « ne sera pas armée en létal ». Deslandes et Baly s’inscrivent également dans la tradition lilloise d’une police non armée héritée des années Aubry.
Vidéoprotection : tout ou rien.
Sur les 173 caméras actuellement installées à Lille, les ambitions divergent. Violette Spillebout propose un plan pluriannuel pour atteindre 2 000 caméras à l’horizon 2035. Matthieu Valet table sur 1 200 appareils. Louis Delemer et Arnaud Deslandes soutiennent un déploiement ciblé et évalué, en lien avec la police nationale, Deslandes prévoyant d’atteindre 272 caméras à mi-2026. À l’opposé, Stéphane Baly s’engage à ne pas étendre le réseau et à lancer un audit indépendant sur son efficacité réelle. Lahouaria Addouche instaurerait un moratoire immédiat et travaillerait au retrait progressif des caméras « dont l’efficacité n’aurait pas été démontrée ».
Prévention : un consensus de façade.
Tous les candidats invoquent la prévention, mais ils n’y mettent pas le même contenu. Pour Deslandes, c’est la médiation de rue et de nuit. Pour Delemer, c’est l’éclairage public renforcé et la réappropriation des espaces par les commerces et services publics. Spillebout mise sur les associations de terrain, un bouton d’alerte anti-agression chez les commerçants et un grand Centre de sécurité urbaine (l’« Hôtel France ») censé regrouper toutes les forces de l’ordre sous un même toit. Pour Addouche, enfin, la sécurité se construit d’abord en assemblée populaire dans chaque quartier : les habitants définissent eux-mêmes leurs besoins.
Trois visions irréconciliables.
Au fond, le débat sécuritaire lillois oppose trois camps. La droite (Spillebout, Delemer, Valet) défend une autorité visible, armée et technologique, convaincue que la présence policière massive est le premier garant de la liberté. La gauche modérée (Deslandes, Baly) tente un équilibre entre renforcement des effectifs et priorité à la médiation, acceptant la vidéoprotection comme outil complémentaire mais pas central. La gauche radicale (Addouche) propose une rupture assumée, en refondant les institutions plutôt qu’en les renforçant, au nom du refus de toute dérive sécuritaire. Entre ces trois visions, peu de place pour le consensus.


