Alors que de nombreuses municipalités avaient éteint leurs lampadaires pour des raisons écologiques et économiques, plusieurs villes, dont Ronchin et Lesquin, reviennent sur cette décision face aux inquiétudes des habitants concernant la sécurité. D'autres communes comme Faches-Thumesnil persistent et signent.
Depuis le mardi 25 novembre, la Ville de Ronchin a rallumé l’éclairage public chaque nuit, de 1h à 6h. Les lampadaires sont donc allumés de la tombée de la nuit jusqu’au lever du jour. La municipalité explique cette décision par le fait « d’accompagner l’approche des fêtes de fin d’année et leurs animations, renforcer la sécurité des biens et des personnes, mais aussi améliorer la sécurité routière à un moment où les nuits sont plus longues et les conditions climatiques plus mauvaises ».
La décision d’éteindre l’éclairage public une partie de la nuit remonte à octobre 2022. Les villes de Faches-Thumesnil et Lesquin ont fait de même, comme une majorité de communes françaises. La première motivation avancée était d’ordre écologique. Les lampadaires ont un effet néfaste sur la biodiversité : leur lumière empêche les animaux diurnes de dormir et gêne ceux qui sont nocturnes. Eteindre permet également de se « reconnecter à la nuit », de revoir les étoiles... Mais la raison principale est plus terre à terre : la flambée du prix de l’électricité après le début de la guerre en Ukraine. Pour preuve, « les communes qui reviennent en arrière l’on fait après la baisse des prix de l’électricité : ce sont celles qui n’ont pris que le côté financier en compte », regrette Florent Bailleul, administrateur de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne. Cette dernière remet le label Villes et villages étoilés, détenu par 1 062 communes françaises, parmi lesquelles Faches-Thumesnil.
Cette extinction totale est d’autant plus difficile à défendre pour les municipalités que de nombreux habitants s’y opposent. La question de la sécurité revient régulièrement dans les débats. « Certains craignent une augmentation des infractions, or, il n’y a pas d’études statistiques assez fiables pour le moment », nuance Léa Tardieu, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Mais on constate tout de même : « alors qu’habituellement, les femmes sont prêtes à davantage de concessions que les hommes sur les questions écologiques, l’extinction nocturne est un des rares sujets sur lequel elles sont plus réticentes ».
Un nombre croissant de ville décident finalement de rallumer la lumière : Ronchin, donc, Lesquin depuis août 2024, mais aussi des villes importantes comme Douai, Orléans, Bordeaux ou Metz. Un retour en arrière qui n’en est pas un puisque l’essentiel de ces communes ont réalisé d’importants travaux pour moderniser leurs lampadaires.
Les 900 candélabres de Lesquin ont ainsi tous été équipés de leds, une opération à 1 million d’euros. Un équipement qui permet de moduler l’intensité lumineuse en fonction de l’avancée de la nuit. L’éclairage public est donc effectif à 50 % à partir de 20 h, puis à 20 % à partir de 23 h. « C’est mieux que l’extinction des appareils, indique Claudine Cottrant, première adjointe au maire. Et c’est un plus pour les caméras de vidéosurveillance. Même si elles sont équipées d’une vision nocturne, cela ne remplace pas une véritable lumière. »
Contrairement à ses voisines, déjà largement engagées dans ce processus, il n’y a pas encore d’éclairage public entièrement équipé de leds à Ronchin. Cette décision de la municipalité aura donc un coût immédiat, même si un réglage d’intensité est prévu pour préserver la faune nocturne. Après ses bâtiments communaux devenus moins gourmands sur le plan énergétique, la ville prévoit donc de rénover son éclairage public. La phase de concertation va s’ouvrir pour un début de chantier envisagé début 2026. Quelque 1 800 points lumineux sont concernés.
A Faches-Thumesnil, pas question de rallumer la lumière. La rénovation des 1273 point d’éclairage de la commune a commencé en 2024, un investissement de 1,4 million d’euros. 20 % de ce nouveau parc lumineux est « intelligent », programmable individuellement et pilotable à distance, notamment autour de la salle Jacques-Brel. Une modernisation que ne se fait pas sans couacs techniques. Certaines rues restent obstinément dans le noir quand pour dans d’autres, « c’est Versailles ». La municipalité met la pression sur Citéo, prestataire choisi pour ce chantier, afin de remédier à tous les dysfonctionnements.